Théâtre et Production : des faits, des chiffres, des mots

Identité

Contrairement aux grandes nations (France, Allemagne, Grande-Bretagne, Italie,…) qui nous entourent, il existe peu d'ouvrages, d'études, de mémoires dans notre petit pays et encore moins dans notre micro-communauté sur notre histoire des politiques culturelles, du théâtre, voire de l'art. Pourquoi ? Bonne question. Peut-être tout simplement parce que nous n’avons pas d’histoire. En tous cas pas celle d’un Etat-nation. Pas de François Ier, pas de Garibaldi, pas une langue commune pour ce petit Etat tampon au cœur de l’Europe, né il y a moins de deux siècles de la volonté de ses grands voisins. Si sa révolution bourgeoise semble née d’un opéra, les arts de la scène semblent absents de son édification. Nous ne portons ni Molière, ni Shakespeare, ni Dante, ni Goethe. Nous sommes historiquement des bâtards traversés au fil des siècles par les Autrichiens, les Espagnols, les Français, les Hollandais et bien d’autres. Dès 1830, pour encore mieux brouiller nos nécessités identitaires, on s’infligea en signe d’indépendance d’un roi allemand issu d’une dynastie anglaise, contraint d’épouser comme future reine de Belgique : une française. Déjà l’art du compromis.

Après, entre autres, deux guerres mondiales, une question royale, une question scolaire, une interruption volontaire de régner et six réformes de l’Etat, nous voilà devenus Wallons-Bruxellois, enfin je veux dire, membres de la Fédération Wallonie-Bruxelles, euh,… en fait pour être précis nous sommes constitutionnellement de la Communauté française de Belgique, mais stratégiquement de la FWB. Un drapeau et un logo différent donc. C’est clair, non ?

Cette situation institutionnelle en mouvement, conflictuelle et souvent confuse, est à l’opposé du discours qui peu après la création de notre jeune Etat encourageait l’aide publique aux théâtres. Le libéralisme du 19ème siècle était sensible à l’initiative publique quand il s’agissait d’accentuer la dimension nationale ou patriotique.

«(…) s’il est des nations qui trouvent tout possible à l’initiative individuelle, il est des circonstances où le concours de l’Etat est nécessaire à la renaissance d’un peuple. »
(Charles Potvin, écrivain belge de langue française, poète, auteur dramatique, journaliste (Mons 1818 – Bruxelles 1902)).

Donc pas de troupe du Roi ou d’Etat, avant tout des théâtres de ville : Théâtre Royal de Liège (1820), de Namur (1826), de Mons (1846), de Verviers (1895), le Théâtre Flamand (1887),… et des initiatives privées : l’Alhambra (1846), théâtre Molière à Bruxelles et du Gymnase à Liège (1867), le Cirque Royal (1878), le Vaudeville (1884), … Pas étonnant dans ce contexte qu’il faille attendre jusqu’en 1945 pour voir la création d’un Théâtre National de Belgique doté d’une première subvention récurrente de l’Etat, 265 ans après la création de la Comédie Française.

Faute de ressources livresques ou d’études exhaustives, l’histoire du théâtre de notre Communauté devient le travail de toute personne concernée par le secteur. Dans cette perspective, le site Théâtre et Production tente de donner à chacun des outils (ligne du temps, articles de presse, textes de loi, …) pour permettre à chacun de raconter « son » histoire du théâtre belge francophone.

Des chiffres

Loin des discours ronflants ou sincères sur la place des artistes, l’innovation, la créativité voire l’émergence, les montants des moyens publics accordés au théâtre en racontent aussi l’histoire. Entre 2002 et 2012 la subvention accordée au Théâtre National passe de 4.154.695€ à 6.516.000€, le Théâtre Le Public de 248.000€ à 1.870.000€, le Théâtre de Liège de 1.197.325€ à 2.544.100€ … le CAPT (Conseil de l’Aide aux Projets théâtraux) de 1.289.000€ à 1.130.000€. Ici aussi avec l’onglet "Des chiffres" du site Théâtre et Production, toute une histoire !

En 2013, c’est approximativement 40 millions d’euros que la FWB à consacré au secteur du théâtre. Soit +/- 0,44 % de ses dépenses, soit l’équivalent de cinq petits kilomètres d’autoroute nouvelle.

L’ensemble des informations reprises dans ce site ne peuvent nous faire oublier que Bruxelles est la deuxième ville au monde du théâtre francophone, et que la FWB enregistre chaque année plus d’un million d’entrées dans « ses » théâtres.

Bonne navigation.

 

Philippe Taszman.
Responsable éditorial du site.
Janvier 2014

Type: 
Edito

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